Guy, grand-père de Cyprien, est appelé pendant la guerre d’Algérie. Il y passera 28 mois. Pas le choix. Il en reviendra avec sa valise de cauchemars, un journal et un carnet.
Cyprien entend un jour Guy parler des « Arabes ». Choqué par ses mots racistes, il commence le processus d’un film. Pépé —comme il l’appelle tendrement, malgré tout— se prend au jeu. Puis il part soudainement et volontairement en maison de retraite. Cyprien lui succède alors dans la maison. Habitant là, il tente de s’approprier les lieux. Il filme au fil des saisons pendant 28 mois. Les cauchemars de Guy prennent possession du quotidien.
Un huis clos entre maison et jardin, parcelles allégoriques d’un monde abîmé. Un espace hanté par les horreurs du passé colonial de la France. Un paysage que le cinéaste s’efforce de soigner.
Affiche de Leonard Thoyer
« Guy, grand-père de Cyprien Ponson, a vu 28 mois de sa jeunesse s’évanouir en Algérie et le reste de sa vie en être marqué à tout jamais. De ces années de conscription ordonnées par l’État colonial français ne lui restent que les visions d’horreur du troufion soudain confronté à la mort et la frustration amoureuse et sexuelle du jeune homme. Cyprien, heurté par une phrase définitive et raciste lâchée jadis par Guy à propos des « arabes », a le projet de le questionner sur cette sale époque, lorsque celui-ci décide soudainement de partir pour l’EHPAD. Cyprien, qui se filmait jusque-là dans le miroir de la maison aux côtés de Guy, va alors élargir le champ et trouver son espace au jardin. Abîmé par le glyphosate du “pépé” qui employait les méthodes de son temps, le lieu laissé en friche s’avère être le territoire à reconquérir par Cyprien, manière de perpétuer la mémoire de Guy tout en la purgeant de ses scories et tenter de redonner une santé au lieu. En bon cinéaste-jardinier, Cyprien lutte pour fabriquer son film au rythme de la nature et des saisons, jetant ici une idée en germe, découvrant là qu’une mauvaise herbe peut faire un bon plan, plantant ailleurs un piquet tel une colonne vertébrale pour son récit. On sait que l’Histoire se répète et qu’un jardin n’est qu’une parcelle de ce monde privé d’harmonie : il n’empêche que Cyprien se démène, pour mener à bien le jardin comme le film. En le voyant bricoler une tenture, de ses insuffisantes deux mains, pour y projeter en plein air de vieilles photos de pépé, on est tenté de lui tendre les nôtres en soutien.D’ici à l’écran, c’est pas bien loin. »
Christian Borghino -Adjoint à la direction artistique Cinéma du Réel
Affiche de Leonard Thoyer
« Guy, grand-père de Cyprien Ponson, a vu 28 mois de sa jeunesse s’évanouir en Algérie et le reste de sa vie en être marqué à tout jamais. De ces années de conscription ordonnées par l’État colonial français ne lui restent que les visions d’horreur du troufion soudain confronté à la mort et la frustration amoureuse et sexuelle du jeune homme. Cyprien, heurté par une phrase définitive et raciste lâchée jadis par Guy à propos des « arabes », a le projet de le questionner sur cette sale époque, lorsque celui-ci décide soudainement de partir pour l’EHPAD. Cyprien, qui se filmait jusque-là dans le miroir de la maison aux côtés de Guy, va alors élargir le champ et trouver son espace au jardin. Abîmé par le glyphosate du “pépé” qui employait les méthodes de son temps, le lieu laissé en friche s’avère être le territoire à reconquérir par Cyprien, manière de perpétuer la mémoire de Guy tout en la purgeant de ses scories et tenter de redonner une santé au lieu. En bon cinéaste-jardinier, Cyprien lutte pour fabriquer son film au rythme de la nature et des saisons, jetant ici une idée en germe, découvrant là qu’une mauvaise herbe peut faire un bon plan, plantant ailleurs un piquet tel une colonne vertébrale pour son récit. On sait que l’Histoire se répète et qu’un jardin n’est qu’une parcelle de ce monde privé d’harmonie : il n’empêche que Cyprien se démène, pour mener à bien le jardin comme le film. En le voyant bricoler une tenture, de ses insuffisantes deux mains, pour y projeter en plein air de vieilles photos de pépé, on est tenté de lui tendre les nôtres en soutien.D’ici à l’écran, c’est pas bien loin. »
Christian Borghino -Adjoint à la direction artistique Cinéma du Réel